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Épisode 63 – Lectures :  » Les couleurs de nos luttes » de Rose K. Bideaux – Éditions Le Cavalier Bleu.

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Aujourd’hui je suis très heureuse de recevoir Rose K. Bideaux, Docteur en arts et en études de genre de l’Université Paris 8.
Aujourd’hui nous allons parler de son livre paru aux Éditions le Cavalier Bleu : « Les couleurs de nos luttes – Une histoire chromatique des combats féministes et LGBT+».


Résumé

Les couleurs semblent aller de soi. Elles sont partout, mais leur signification est loin d’être naturelle. Elles évoluent au fil des époques, des contextes politiques et des mobilisations sociales. Derrière le rose, le violet, le vert ou encore le drapeau arc-en-ciel se cache une histoire complexe où s’entremêlent représentations du genre, luttes féministes, revendications LGBTQ+ et stratégies de visibilité.

Dans cet épisode, nous revenons d’abord sur le parcours de notre invité et sur les difficultés rencontrées lors de ses recherches consacrées à la couleur rose. Longtemps considérée comme un objet d’étude mineur, cette couleur a parfois suscité l’incompréhension du monde académique, tant lors de colloques que dans le cadre de publications scientifiques.

La discussion s’intéresse ensuite à la naissance de son livre consacré aux couleurs des mouvements féministes et LGBTQ+. Initialement imaginé comme un véritable dictionnaire chromatique, le projet s’est finalement structuré autour de trois grands ensembles : les genres, les féminismes et les sexualités. Cette organisation permet d’explorer la manière dont les couleurs deviennent progressivement des symboles politiques.

L’épisode revient notamment sur l’histoire du rose. Avant d’être identifié comme une couleur à part entière, il est longtemps perçu comme une simple nuance de rouge. Les conceptions occidentales de la couleur évoluent progressivement, tout comme la manière dont différentes sociétés distinguent et nomment les couleurs. La célèbre opposition entre le rose associé aux filles et le bleu associé aux garçons apparaît bien plus tard. À partir des années 1970, le marketing s’empare des études de genre afin de segmenter les marchés destinés aux enfants et de renforcer une distinction entre produits féminins et masculins.

Cette réflexion conduit plus largement à interroger la notion de genre. L’épisode présente plusieurs grands paradigmes qui structurent encore aujourd’hui les représentations occidentales, ainsi que les différentes catégories de genre évoquées dans le livre. La discussion aborde également les notions de transidentité, de non-binarité ou encore d’identité agenre, tout en montrant comment certaines couleurs, comme le jaune, ont pu être investies par certaines communautés.

Les couleurs prennent également une dimension collective à travers les drapeaux. Pourquoi créer un étendard ? Pourquoi adopter des bandes colorées plutôt qu’un autre symbole ? L’épisode revient sur le rôle des drapeaux comme marqueurs de reconnaissance, de visibilité et de rassemblement au sein des communautés LGBTQ+.

Avant même l’apparition des drapeaux contemporains, d’autres symboles permettaient déjà de se reconnaître. L’œillet vert associé à Oscar Wilde, la violette utilisée comme référence lesbienne ou encore le langage des fleurs au XIXe siècle témoignent de formes anciennes d’identification.

La discussion s’arrête également sur les xénogenres, apparus notamment sur certaines plateformes en ligne dans les années 2000. Faute de disposer d’un vocabulaire permettant de décrire leur expérience du genre, certaines personnes mobilisent des métaphores ou des comparaisons pour exprimer leur ressenti. L’épisode revient sur l’ampleur réelle de ces phénomènes ainsi que sur la manière dont ils ont parfois été mis en avant dans les médias pour alimenter des discours de panique morale.

L’histoire des suffragettes occupe ensuite une place importante. Minoritaires à leurs débuts, elles développent une identité visuelle particulièrement forte autour du violet, du blanc et du vert. Leur maîtrise des objets dérivés, de la communication et du merchandising contribue largement à inscrire ces couleurs dans l’imaginaire collectif. Le violet est ensuite réinvesti lors de la seconde vague féministe, notamment autour des mobilisations pour le droit à l’avortement et à la contraception, tandis que le rose prend une place plus importante avec l’émergence du postféminisme dans les années 1990.

Les couleurs des mobilisations évoluent également selon les contextes nationaux. L’épisode évoque ainsi le foulard vert adopté en Argentine en référence aux Mères de la place de Mai, ainsi que l’utilisation de l’orange en Uruguay dans les mobilisations en faveur du droit à l’avortement.

La seconde partie de la discussion s’intéresse plus particulièrement aux différentes identités lesbiennes et à leur représentation. Sont notamment abordées les distinctions entre les mouvements LGBTQ+ institutionnalisés et les approches queer, les différentes déclinaisons de drapeaux lesbiens, leurs références historiques ainsi que les débats autour de leur visibilité.

Le drapeau arc-en-ciel, souvent perçu comme le symbole universel des fiertés, fait lui aussi l’objet d’une analyse historique. Son origine, son élaboration, les débats autour de sa paternité ainsi que les modifications successives de son dessin permettent de comprendre pourquoi il ne fait pas aujourd’hui l’unanimité.

Enfin, l’épisode se conclut par une ouverture sur plusieurs pistes de recherche actuellement explorées : le violet comme futur objet d’étude et un travail consacré au chien chinois à crête et à la notion de mocheté.

Une conversation qui montre que les couleurs ne sont jamais de simples éléments décoratifs. Elles deviennent des outils d’affirmation, des marqueurs identitaires, des objets de controverse et parfois de véritables emblèmes politiques.


Mon invité

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Ressources complémentaires

  • Batchelor, David, La Peur de la couleur, Paris, Autrement, 2001 [2000].
  • Fregonese, Pierre-William, L’Invention du rose, Paris, Puf, 2023.
  • Heller, Eva, Psychologie de la couleur, Paris, Pyramyd, 2009 [2000].
  • Jarman, Derek, Chroma, Paris-Tel Aviv, L’Éclat, 2003 [1994].
  • Gage, John, Couleur et Culture. Usage et significations de la couleur de l’Antiquité à l’Abstraction, Paris, Thames and Hudson, 2008 [1993].
  • Ludwig, Sämi, Rose K. Bideaux, Chang Liu et André Karliczek (dir.), Real Colors and Cultures/Vraies Couleurs et Cultures, Berkeley/Mulhouse/Jena, Salana, 2026.