Episode

Épisode 60 : Pablo – Droit à l’autodétermination : les peuples Mapuche et Aymaras.

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Je suis très heureuse d’accueillir Pablo Barnier-Khawam, docteur en science politique, pour discuter de sa thèse de doctorat soutenue en avril 2023 : « L’autodétermination comme principe d’autonomie politique : Histoire et appropriation d’un droit équivoque en Bolivie et au Chili de 1970 à 2019 ».

Pablo a réalisé son doctorat sous la direction du Professeur Thierry Balzacq, à Sciences Po Paris.


Résumé

Le droit à l’autodétermination constitue aujourd’hui un principe central du droit international. Inscrit dans plusieurs textes fondamentaux, il est régulièrement mobilisé dans les revendications des peuples autochtones. Pourtant, sa mise en œuvre concrète reste profondément inégale et dépend largement des contextes historiques, politiques et institutionnels.

Ce travail propose d’analyser ces écarts à partir d’une comparaison entre deux populations autochtones d’Amérique latine : les Mapuche au Chili et les Aymara en Bolivie. Cette démarche comparative repose sur un choix méthodologique assumé : celui de confronter deux cas aux trajectoires distinctes, afin de mieux comprendre les facteurs qui influencent les formes de mobilisation et les capacités de revendication.

L’analyse s’inscrit dans une perspective historique longue. Elle revient d’abord sur les effets de la colonisation espagnole, qui ont produit des formes d’organisation et de résistance différentes selon les territoires. Elle se prolonge ensuite par l’étude de la construction des États-nations au XIXe siècle, période durant laquelle les populations autochtones ont été soit partiellement intégrées, soit durablement marginalisées.

Le travail s’attache également à retracer l’émergence progressive des revendications autochtones au cours du XXe siècle. Ces mobilisations se structurent progressivement, notamment à travers l’apparition de courants politiques spécifiques, et évoluent en fonction des transformations des contextes nationaux.

Les périodes de dictature constituent un moment de rupture majeur. Elles s’accompagnent de formes de répression, mais aussi de transformations économiques profondes, marquées par l’introduction de politiques néolibérales. Ces dynamiques contribuent à reconfigurer les rapports entre États et populations autochtones, ainsi que les modes d’organisation des mouvements.

À partir des années 1970, les luttes connaissent un processus d’internationalisation. Les revendications autochtones s’inscrivent progressivement dans des cadres juridiques internationaux, notamment au sein des institutions des Nations unies. Cette évolution permet l’émergence de nouvelles formes de reconnaissance, tout en contribuant à structurer un discours global autour des droits des peuples autochtones.

Cependant, l’étude met en évidence un décalage persistant entre ces avancées juridiques et leur application concrète. Les tensions entre autodétermination et souveraineté des États, ainsi que les enjeux économiques liés à l’exploitation des ressources naturelles, constituent des freins importants. Ces éléments limitent fortement la portée effective du droit à l’autodétermination.

Les dynamiques contemporaines illustrent ces difficultés. Dans certains contextes, des blocages institutionnels persistent, tandis que des formes de radicalisation ou de contestation se développent. L’exemple chilien met notamment en lumière les tensions autour des processus de réforme et les limites des réponses apportées par les institutions.

Au final, ce travail montre que l’autodétermination ne peut être appréhendée uniquement comme un principe juridique. Elle doit être replacée dans des contextes historiques et politiques spécifiques, qui conditionnent ses formes d’expression et ses possibilités de mise en œuvre.

Ainsi, si le droit à l’autodétermination est aujourd’hui largement reconnu, son effectivité reste partielle et inégale. Entre reconnaissance formelle et contraintes politiques, il demeure un objet de tension, révélateur des rapports de force qui structurent les relations entre États et populations autochtones.


Chapitrage

00:00:58 — Introduction et parcours
Présentation du sujet et du terrain, ainsi que du parcours qui a conduit à s’intéresser aux enjeux d’autodétermination. Première réflexion sur les tensions entre universalisation du droit et spécificités des situations autochtones.

00:04:05 — Cadre de la recherche

Présentation des deux terrains d’étude, au Chili et en Bolivie, et des contextes dans lesquels s’inscrivent les populations étudiées. Mise en place des enjeux liés à une approche comparative.

00:07:00 — Choix du sujet et hypothèses
Retour sur la construction progressive du sujet et sur les questionnements initiaux. Formulation des premières hypothèses autour des différences de trajectoires politiques.

00:15:26 — Méthodologie comparative
Justification du choix de comparer deux cas très différents afin de faire ressortir des logiques contrastées. Présentation d’une méthode qui met en avant les écarts plutôt que les similitudes.

00:21:07 — Héritages coloniaux
Analyse des effets de la colonisation espagnole sur les structures sociales et politiques des populations concernées. Mise en évidence de trajectoires historiques distinctes entre résistance, intégration et marginalisation.

00:26:00 — Construction des États-nations
Étude des politiques menées par les États au XIXe siècle à l’égard des populations autochtones. Mise en lumière des processus d’intégration partielle ou d’exclusion.

00:33:00 — Définition de l’autodétermination
Présentation du concept en droit international et de son évolution. Distinction entre autodétermination des peuples et formes plus individuelles du droit.

00:41:00 — Émergence des revendications autochtones
Analyse de la structuration progressive des mobilisations autochtones au cours du XXe siècle. Apparition de courants politiques et idéologiques spécifiques.

00:48:00 — Transformations politiques du XXe siècle
Évolution des relations entre États et populations autochtones dans différents contextes politiques. Mise en perspective des changements avant les périodes autoritaires.

00:55:22 — Ruptures des dictatures
Impact des régimes autoritaires sur les mobilisations, marqué par la répression et les transformations économiques. Introduction de politiques néolibérales et recomposition des rapports de force.

01:05:00 — Recomposition des mouvements
Réorganisation des mouvements autochtones à la sortie des dictatures. Redéfinition des stratégies politiques et des formes d’action.

01:15:02 — Internationalisation des luttes
Montée en puissance des mobilisations à l’échelle internationale. Inscription des revendications dans des cadres juridiques et institutionnels globaux.

01:25:00 — Reconnaissance juridique
Présentation des avancées du droit international en matière de droits autochtones. Mise en évidence du décalage entre reconnaissance formelle et application concrète.

01:33:00 — Tensions avec les États
Analyse des conflits entre revendications d’autodétermination et souveraineté des États. Rôle des enjeux économiques, notamment liés aux ressources naturelles.

01:40:30 — Situation contemporaine
Étude des dynamiques actuelles, marquées par des blocages politiques et institutionnels. Exemple du Chili avec des processus de réforme contestés.

01:49:37 — Limites et perspectives
Bilan des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du droit à l’autodétermination. Ouverture vers de nouvelles pistes de réflexion.

01:57:25 — Retour sur la recherche
Retour sur les conditions d’enquête et les difficultés rencontrées. Discussion des limites méthodologiques et des perspectives d’approfondissement.


En bref


Ressources complémentaires

On en parle dans le podcast

  • le film ‘Mon ami Machuca’ (Chili, sur la période Allende vu par un enfant, projeté au festival Itinérance d’Alès) ;
  • les documentaires ‘La Bataille du Chili’ de Patricio Guzmán (sur Arte ou YouTube) et ‘La Nacre’ du même réalisateur (sur la colonisation des peuples de Patagonie et les camps de Pinochet) ;
  • le film bolivien ‘También la lluvia’ (sur la colonisation et la révolte de l’eau à Cochabamba) ; 
  • le roman bolivien ‘Raza de bronce’ d’Alcides Arguedas (1919), classique de la littérature bolivienne illustrant l’indigénisme de l’époque.
  • l’Eternaute sur Netflix
  • Les nouveaux sauvages

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Marjolaine