Épisode 59 – Pauline – L’ultradroite sur les réseaux sociaux.
Je suis très heureuse d’accueillir Pauline Vendeville pour discuter de son mémoire de Master en Criminologie « Socialiser à l’extrême : processus de socialisation politique radicale dans l’ultra-droite. Stratégies discursives et dynamiques numériques d’un espace politique radical » réalisé sous la direction du Professeur Samuel Tanner à l’Université de Montréal.
Résumé
Dans cet épisode du Dazibao, nous nous intéressons aux dynamiques contemporaines de l’ultra-droite.
Le travail de Pauline analyse les processus de sociabilisation politique radicale dans l’ultra-droite française, en s’intéressant particulièrement au rôle des espaces numériques dans la diffusion des discours et la formation d’identités militantes.
L’ultra-droite est un terme largement utilisé dans les médias comme dans la recherche, mais qui ne fait pas l’objet d’un consensus strict. Dans son mémoire, Pauline Vandeville choisit de l’utiliser pour désigner des acteurs et groupes adoptant des positions anti-démocratiques, légitimant l’usage de la violence et s’appuyant sur des idéologies nativistes, xénophobes ou racistes.
À partir d’une analyse de la littérature et d’un travail de cartographie, elle identifie quatre grandes familles de l’ultra-droite : les royalistes, les nationalistes révolutionnaires, les identitaires et les hooligans. Son enquête met également en évidence la forte fragmentation du milieu, composé de nombreux groupes souvent instables, qui apparaissent, disparaissent ou se recomposent régulièrement.
L’originalité de son approche tient au choix de ne pas analyser ces trajectoires uniquement à travers la notion de radicalisation individuelle, souvent envisagée sous un angle psychologique. Pauline Vandeville privilégie la notion de socialisation politique radicale, qui permet de comprendre ces trajectoires comme des processus collectifs d’apprentissage, d’interactions et d’identification à un groupe.
Pour étudier ces dynamiques, elle mobilise une ethnographie numérique, fondée notamment sur l’observation de comptes et de publications sur Instagram et X. Cette méthodologie lui permet d’analyser les discours produits et diffusés par les militants ainsi que les stratégies de communication employées sur les réseaux sociaux.
Son analyse met en évidence six grands types de discours présents dans ces espaces : identitaires, promotionnels, mobilisateurs, dénonciateurs, réactionnaires et victimaires. Ces discours reposent souvent sur une structure antagoniste centrale opposant un « nous » – le groupe, ses valeurs et son identité – à un « eux », présenté comme une menace.
Au-delà des textes, Pauline Vandeville souligne également l’importance des symboles, des images et de la mise en scène visuelle dans la communication de ces groupes : photographies de militants, valorisation de la jeunesse et de l’engagement, références historiques ou religieuses, ou encore représentations spécifiques des rôles de genre.
Cet épisode propose ainsi de mieux comprendre comment se construisent, se diffusent et se normalisent certains discours politiques radicaux dans l’espace numérique contemporain.
Carte interactive des groupes d’ultradroite
Chapitrage
00:00:00 – Introduction et présentation du travail de recherche
Présentation du mémoire de master en criminologie consacré aux processus de socialisation politique radicale dans l’ultra-droite et à l’étude de ses dynamiques discursives dans les espaces numériques.
00:04:00 – Parcours académique et choix du sujet
Retour sur le parcours universitaire qui mène vers la criminologie après des études de science politique et sur les raisons qui ont conduit à s’intéresser aux milieux de l’ultra-droite.
00:07:00 – Les questions de recherche
Le mémoire cherche à comprendre le rôle du numérique dans la production, la diffusion et la performativité des discours de l’ultra-droite, ainsi que les mécanismes de socialisation politique qui s’y déploient.
00:09:00 – Définir l’ultra-droite
Distinction entre droite, extrême droite et ultra-droite. Présentation des caractéristiques idéologiques qui structurent ces groupes : rejet de la démocratie libérale, légitimation possible de la violence politique et discours nativistes ou xénophobes.
00:12:00 – Les différentes familles de l’ultra-droite étudiées dans le mémoire
Présentation de plusieurs univers militants identifiés dans l’enquête, notamment les royalistes, les nationalistes révolutionnaires, les identitaires et certains groupes issus de la culture hooligan.
00:22:00 – Cartographier l’ultra-droite en France
Le mémoire propose un travail de cartographie des groupes présents sur le territoire français afin de mieux comprendre leur implantation et leur organisation.
00:23:00 – Radicalisation ou socialisation politique radicale ?
Discussion autour des concepts mobilisés. Le travail privilégie l’idée de socialisation politique radicale pour analyser les trajectoires plutôt que celle de radicalisation individuelle.
00:28:00 – Le rôle du numérique dans la socialisation politique
Internet et les réseaux sociaux apparaissent comme des espaces stratégiques pour ces groupes : diffusion des discours, mise en réseau des militants et circulation rapide des contenus.
00:37:00 – Méthodologie : une ethnographie numérique
Présentation de la démarche de recherche combinant analyse de la presse, identification des groupes et observation de leurs activités sur les réseaux sociaux à partir d’un compte d’enquête dédié.
00:35:07 – Cartographie des groupes et répertoires d’action
Le mémoire identifie plusieurs dizaines de groupes présents dans différentes villes françaises et observe les différentes formes d’action mises en avant : militantisme, actions symboliques, activités sportives ou religieuses.
00:40:11 – Un mouvement fragmenté et en recomposition
Les groupes d’ultra-droite apparaissent comme un univers très fragmenté, marqué par des dissolutions, des recompositions régulières et des circulations de militants entre différentes organisations.
00:42:12 – Les événements mobilisés dans les discours
Actualités politiques, faits divers ou événements culturels sont régulièrement mobilisés pour produire des contenus militants et alimenter les narrations idéologiques. JO, Camp Maxime Real Del Sarte / Université d’été Academia Christiana / mort d’Alain Delon
00:45:38 – Les principaux types de discours observés en ligne
Le mémoire identifie plusieurs formes de discours récurrents : identitaires, promotionnels, mobilisateurs, dénonciateurs, réactionnaires ou encore victimaires.
00:54:58 – La centralité de l’opposition “nous contre eux”
Les discours étudiés reposent largement sur la construction d’un antagonisme entre un groupe présenté comme menacé et différents ennemis désignés.
00:57:49 – Symboles et mise en scène visuelle du militantisme
Les images occupent une place importante dans la communication : esthétique militante, valorisation de la jeunesse des militants et recours à différents symboles culturels ou religieux.
01:01:00 – Représentations du genre et figure de la “tradwife”
Certains contenus mettent en avant des représentations très normées des rôles masculins et féminins, notamment à travers la valorisation d’un modèle de féminité traditionnelle.
01:03:30 – Diffusion et circulation des contenus militants
une ultra droite remplie de contradiction. Une simplification des contenu qui s’adresse a des personnes qui ont moins d’esprit critique que les autres mais tout le monde peu se faire manipuler .
01:10:58 – Qui est l’ennemi ? Comment diffuser ses idées ? Les plateformes numériques permettent une circulation rapide des contenus entre différents groupes et participent à la structuration d’un espace militant connecté.
01:26:17 – Stratégies discursives et adaptation aux plateformes X et Instagram
Les messages sont souvent adaptés aux logiques des réseaux sociaux : formats courts, images marquantes et références culturelles facilement identifiables. Instagram est la vitrine attirante tandis que X est brut et véhicule les vrais idées des participants.
01:31:00 – Entre fragmentation et réseaux de sociabilité
Malgré la dispersion apparente des groupes, les observations montrent l’existence de liens, d’interactions et de circulations entre différents milieux de l’ultra-droite. Ces groupes ne sont pas indépendants les uns des autres.
01:32:35 – Conclusion et enseignements du mémoire
Retour sur les principaux apports du travail de recherche et sur ce qu’il permet de comprendre des dynamiques contemporaines de l’ultra-droite en ligne.
01 :42 :39 derniers conseils
Ressources complémentaires
Recommandations d’articles scientifiques :
- Ducol, B. (2015). A Radical Sociability: In Defense of an Online/Offline Multidimensional Approach to Radicalization. In Social Networks, Terrorism and Counter-Terrorism (p. 82–104). Routledge.
- Sommier, I. (2012). Engagement radical, désengagement et déradicalisation. Continuum et lignes de fracture. Lien social et Politiques, 68, 15–35.
- Wodak, R. (2015). The Politics of Fear: What Right-Wing Populist Discourses Mean. SAGE Publications.
Recommandations de livres :
- Campbell, A. B. (2022). We Are Proud Boys: How a Right-Wing Street Gang Ushered in a New Era of American Extremism. Grand Central Publishing.
- Luz. (2023). Testosterror. Albin Michel.
- Plottu, P., & Macé, M. (2024). Pop fascisme : Comment l’extrême droite a gagné la bataille culturelle sur Internet. Divergences.
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Marjolaine
